Je baisse les yeux devant son visage déformé par la colère, incapable de répliquer à ses paroles lancées avec une rage incontrôlable. La culpabilité d'avoir arrêter notre élan passionnel me ronge, puisque je sais qu'elle voulait peut-être plus que moi continuer. Mais, ce qui doit m'énerver le plus dans tout ça, c'est que tout était parfait avant que je fasse cette stupide bêtise. J'ai tout fait pour que ce moment auquel nous avons frôlé il y a à peine quelques instants se retarde avec subtilité. J'ai tout fait pour ne pas déclarer forfait à mes désirs le jour de la Saint-Valentin. Tous ses efforts m'ont mené au moment où je les gâcherais. Tous, sans exception. J'ai coupé nos élans trop brusquement, trop superficiellement. Maintenant, elle me demande des explications que je ne lui donnerai malheureusement pas. Je suis trop faible pour la combattre plus férocement, pour ensuite la perdre définitivement. Je ne suis pas prêt, même pas du tout.
- NATH, CALME-TOI D'ACCORD! je lui crie, cherchant à cacher les quelques tremblements qui m'échappent.
- JE NE VAIS PAS ME CALMER, réplique-t-elle, plus menaçante malgré moi. PARCE QUE T'AS PAS UNE SEULE RAISON! JE SUIS HORS DE MOI ET JE ME CALMERAI PAS AVANT QUE TU ME DISES POURQUOI!?
Je me mords subtilement la lèvre inférieure, obligeant les mots qui allaient bientôt sortir à rester au fond de ma gorge. Je serre les poings par la rage de ne pas comprendre. De ne pas comprendre pourquoi je suis incapable de lui dévoilé tout. Ce tout qui me fait mal, et qui me détruit de plus en plus. La seule réponse qui s'offre à moi est que je ne suis pas prêt. Pas prêt à perdre tout en révélant ce qui me ronge silencieusement. Alors, je vais me contenter d'emprunter le chemin le plus facile pour un faible comme moi. Celle de la fuite.
- Laisse donc faire... je me contente de murmurer entre mes dents.
Échappant une nouvelle fois au regard inquisiteur de Nathalie, j'emprunte la sortie où elle s'est postée sans un mot. Mon regard se perd à travers les murs de mon appartement, cherchant maintenant où je dois aller. La réponse se présente devant moi quand je vois mon T-shirt gisant sur le plancher de mon salon, près du sien. Je m'avance alors vers celui-ci à grande enjambée, mon regard scrutant chaque détail de la pièce que je vais engouffrer à une vitesse folle. C'est alors qu'un étrange étirement se fait sur mon pouce droit, m'arrachant un léger cri de surprise et aussi de douleur. Mes jambes se dérobent sous moi par la douleur qui s'intensifie drôlement, tandis que je serre ma main autour de mon pouce meurtris. Ma respiration maintenant devenue saccadée, j'entrouvre ma main pour apercevoir ma deuxième main presque complètement couverte de sang par la plaie béante qui perce mon doigt. Je me retourne légèrement pour découvrir que mon agresseur est nul autre que le coin de table qui m'as tant de fois blessé pendant mon enfance. Je laisse alors mon front frapper le sol légèrement, injuriant ma table entre quelques respirations difficiles. Subitement, j'entends les pas précipités de Nathalie se diriger vers moi. C'est alors que mes membres se crispent en un instant devant la découverte de l'instant. J'ouvre grand les yeux pendant que le constat de la situation traverse mon esprit à vive allure. Les gouttes de sang qui tombent sur le sol laisse mon esprit vagabonder vers une panique prochaine. J'entrevois déjà le futur prochain. Ce futur prochain qui a déjà hanté mes cauchemars. Ce futur prochain que j'ai tant redouté. Ce futur prochain qui me fait trop peur pour y penser concrètement.
Tandis que les pas de ma copine se rapproche dangereusement, des idées tumultueuses traversent mon esprit à vive allure, mais mon adrénaline ne me permet de trouver la meilleure rapidement. Non, pas ça.
- Ah merde, tu saignes à mort... Attends, je vais nettoyer ça, donne-moi ton pouce...
La voix de ma princesse fait que je me rends compte qu'elle est plus proche que je le pensais. Trop proche, beaucoup trop proche. On m'a si souvent répété que dans un cas comme celui-ci, il ne devrait avoir aucun problème. Mais je suis incapable de le croire totalement pour la laisser s'approcher de seulement d'un mètre que moi. C'est alors qu'une idée se dessine rapidement dans l'esprit, que j'essaye tout de suite de chasser pour en trouver une autre. Mai il n'y a rien, à part cette solution. Cette solution qui s'accroche à moi comme si elle voulait me faire croire qu'elle est la bonne. Alors, j'essaye de le croire, quelques instants. De le croire pour me donner la force de le faire. Je ferme les yeux, cherchant à oublier les remords qui vont accompagner ce que je vais lui faire, à elle. Je suis désolé Nathalie, je t'aime.
- LÂCHE-MOI PUTAIN DE MERDE!
Mon hurlement est sauvage. Plus que je ne l'aurais pensé. Je me relève brusquement de ma position couchée pour rejoindre la cuisine, évitant le visage de mon amour qui doit sûrement montrer une expression que je suis incapable de supporter. Utilisant ma colère contre ma stupidité et ma lâcheté exubérante, j'ouvre le robinet pour passer mon pouce ensanglanté sous le jet glacé. Je jette un coup d'oeil à l'adolescente devant moi, découvrant son visage ravagé par l'incompréhension. Je me retourne brusquement vers l'eau qui coule à flot, incapable de supporter le regard brun de mon amour.
- Mais... Mathieu... Ça va...?
- NON ÇA VA PAS! je crie, essayant de me convaincre moi-même. JE VEUX PAS LE FAIRE AVEC TOI PARCE QU'EN CE MOMENT, JE VEUX PAS D'ACCORD!? ALORS PUTAIN ARRÊTE DE ME FAIRE TA CRISE OK! ARRÊTE DE ME FAIRE CHIER AVEC TES CONNERIES À LA CON!
Je finis par me retourner complètement vers mon amour, cachant avec peine la culpabilité qui m'envahit en explorant son regard dépité. Je baisse les yeux vers son nez, incapable de l'affronter plus longuement. Ma respiration est saccadée, mon visage est écarlate. Non par la colère, mais par la culpabilité. Cette culpabilité de devoir la confronter à de telles choses seulement par ma lâcheté. Si au moins elle le voyait, si au moins elle le devinait. Tout serait tellement plus simple.
- Va t'en...
Mon murmure est froid, presque blessant. Un sanglot qu'elle voulait sûrement imperceptible parvient malgré moi à mes oreilles, me déchirant simultanément le coeur. Si au moins j'étais courageux. Oui, si au moins.
- Math je...
- VA T'EN!
Ses simples mots retentirent dans mes pauvres tympans en écho. Un écho infini qui arrache mon coeur de ma poitrine tellement que ça fait mal. Je fixe avec un sang-froid étonnant ma belle qui s'élance dans le salon, prenant maladroitement son chandail gisant sur le parquet. Elle se rue ensuite vers la porte d'entrée, le regard bas, cherchant sûrement à ne pas intercepter ma fausse haine. Mais j'arrive quand même à percevoir sur le coin de ses yeux des larmes qui menacent de s'échapper à tout instant, ce que je peux malheureusement ne pas ignorer. Elle ouvre à la volée la porte pour la refermer derrière elle à la seconde même, sous mon regard incompris. Puis, le grand silence. L'atmosphère de l'appartement devient subitement oppressante, même étouffante. Je fixe toujours la porte, bien qu'elle semble normale en apparence. D'un pas mal assuré, j'avance vers la porte grise sans un mot. Comme si celle-ci était ma prochaine proie, ou encore comme-ci elle renfermait quelque chose d'épeurant. Je me trouve je ne sais trop comment à seulement quelques centimètres du porche. La respiration lente, je pose mon oreille contre le portail sans que je ne sache trop pourquoi. C'est alors que des bruits étranges me parviennent. Des bruits qui ressemblent étrangement à des gémissements. Des bruits qui témoignent d'une souffrance non divulguée. Des bruits forts, des bruits tristes. Des sanglots dont je suis la cause.
Serrant férocement les yeux et les dents, j'empoigne la poignée avec une force insoupçonnée, prêt à l'ouvrir. Prêt à rejoindre mon amour, prêt à aller consoler ma princesse. Mais malgré moi, j'arrête mon geste à la dernière minute. Je lâche la poignée pour frapper férocement le mur à ma gauche, sachant qu'il est maintenant trop tard. Beaucoup trop tard. Je laisse tomber mollement mon front sur la porte, essayant avec peine d'oublier mes derniers gestes posés. Je baisse mes prunelles sur le plancher, cherchant à me concentrer sur quelque chose d'autre que mon esprit tourmenté. C'est là que je me rendis compte que le sol sous mon visage était mouillé. Quelques gouttelettes s'écrasent sur le parquet blanc, sans que je ne sache comment. C'est alors que je découvris d'où provenait cette eau salée. Ce sont des larmes. De nombreuses larmes de douleur, et de tristesse. L'eau qui est le résultat d'une souffrance nouvelle, et d'une ancienne honte.
Des larmes qui sont les miennes.
Infos: Je voulais seulement remercier I-Wanna-an-other-life pour m'avoir mis mon 2000ième commentaires =D !
